Pour la cinquième Journée de l’AMFO, nous avons eu le grand plaisir de retrouver les membres de notre association venus célébrer les 80 ans de la Maison Française d’Oxford. Cette journée de retrouvailles, d’échanges et de convivialité a été marquée par la conférence d’Anne Dunan-Page, qui a offert aux alumni un éclairage inédit sur les premières années de la Maison.
Photographie : Jimmy Symonds
À l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire (1946-2026), la Maison Française d’Oxford a organisé trois journées de célébration réunissant chercheurs, alumni, partenaires et amis de l’institution autour de huit décennies d’excellence scientifique, de dialogue intellectuel et de coopération franco-britannique.
Les festivités se sont ouvertes le 25 juin avec la MFO Night, qui a rassemblé chercheurs, alumni, collègues et amis de la Maison autour de discussions stimulantes consacrées à la diplomatie scientifique, à la politique, à la littérature, à l’histoire, aux études françaises et aux sciences sociales. Cette soirée a également donné lieu à un hommage particulièrement émouvant à Agnès Alexandre-Collier et Alain Viala, en reconnaissance de leur contribution exceptionnelle à la vie intellectuelle de la Maison.
Le 26 juin, la cinquième Journée de l’AMFO a constitué un moment fort de ces célébrations. Elle a permis aux membres de l’Association des Amis de la Maison Française d’Oxford de se retrouver, de renouer avec d’ancien.nes résident.es, chercheurs, chercheuses, amies et amis de la Maison, et de partager ensemble cet anniversaire exceptionnel.
Le point d’orgue de cette journée fut la conférence annuelle des alumni, donnée par Anne Dunan-Page, intitulée « Une “Maison de fous” ? La MFO au sortir de la Seconde Guerre ». S’appuyant sur de nombreux fonds d’archives , Anne Dunan-Page a retracé les premières années de la Maison Française d’Oxford dans l’immédiat après-guerre, révélant les défis et les ambitions qui ont présidé à sa création. Le résumé de cette conférence est a retrouver en bas de cette page. Cette présentation a également marqué la parution de l’ouvrage La bataille d’Oxford. Une histoire de la Maison française de 1946 à 1970, publié à Sorbonne Université Presses, qui renouvelle notre compréhension des origines de la Maison.
Les célébrations se sont conclues le 27 juin par la traditionnelle Garden Party et l’inauguration d’une exposition consacrée à l’histoire de la Maison. Placée sous le haut patronage de Son Excellence Hélène Duchêne, ambassadrice de France au Royaume-Uni, et en présence notamment de Lord William Hague, chancelier de l’Université d’Oxford, de Lord Tarassenko, de Chewe Munkonge, le maire d’Oxford, ainsi que de Fabrice Boudjaaba, Directeur du CNRS Sciences humaines & sociales, cette journée a rassemblé de nombreux invités et nombreuses invitées venus célébrer cet anniversaire dans une atmosphère chaleureuse et conviviale.
La Garden Party a également été l’occasion de lancer la levée de fonds ou Heritage Fund du 80ᵉ anniversaire de la Maison Française d’Oxford, destiné à préserver son patrimoine et à accompagner son développement. Dans ce cadre, la Fondation pour la MFO, sous l’égide de la Fondation CNRS, a réuni les ami.es et mécènes de longue date de la Maison afin d’évoquer les perspectives de son développement philanthropique.
Nous adressons notre profonde gratitude à toutes celles et tous ceux qui, depuis quatre-vingts ans, contribuent à faire vivre la Maison Française d’Oxford : ses instances de gouvernance, le CNRS, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, l’Ambassade de France au Royaume-Uni, l’Université d’Oxford, le Service pour la science et la technologie de l’Ambassade, l’Institut français du Royaume-Uni, ainsi que l’ensemble de ses partenaires, de ses alumni, de ses collègues et de ses amis. Grâce à leur engagement fidèle, la Maison demeure un lieu d’excellence académique, de dialogue et d’amitié durable entre la France et le Royaume-Uni.
Nous remercions enfin très chaleureusement Jimmy Symonds, dont les photographies restituent avec talent l’atmosphère de ces trois journées de célébration et offrent un magnifique témoignage de ce quatre-vingtième anniversaire.
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‘Une « Maison de fous » ? La MFO au sortir de la Seconde Guerre’
Conférence d’Anne Dunan-Page (Aix-Marseille Université) donnée le 26 juin 2026 à Reuben College.
Résumé:
En 1948, la correspondance privée d’Henri Fluchère, premier directeur de la Maison française d’Oxford, adressée à son amie Odette de Mourgues, offre un témoignage sur les difficultés des débuts de l’institution. Il y décrit la Maison française comme une « Maison de fous » et une situation personnelle et professionnelle éprouvante : endeuillé par la disparition de son épouse en 1947, préoccupé par l’avenir de sa fille, accablé par une charge de travail qu’il ne parvient pas à limiter, Fluchère envisage alors de renoncer à ses fonctions.
Cette image contraste fortement avec celle que donnent ses échanges officiels avec l’ambassadeur René Massigli et son conseiller culturel René Varin, ou encore les autorités de la Sorbonne, qui mettent en avant les premiers succès de la Maison française dans un environnement académique favorable. Ce décalage souligne la capacité de Fluchère à élaborer un discours institutionnel maîtrisé, ajusté aux attentes de ses interlocuteurs.
La présentation portera sur les années 1946-1950, période décisive pour la consolidation de la Maison française, où tout aurait pu basculer. L’institution évolue alors sous une surveillance étroite — celle de l’Université d’Oxford, de la Taylor Institution, et du Quai d’Orsay — qui limite sa marge d’action. À cette contrainte s’ajoute une concurrence directe avec la création de St Antony’s College, financé par l’homme d’affaire Antonin Besse, sur lequel certains envisagent de concentrer les efforts français.
Dans ce contexte incertain, la pérennité de la Maison française est loin d’être acquise. Des doutes s’expriment ouvertement quant à sa survie, tandis que circulent déjà des candidatures en vue de remplacer Fluchère dans l’hypothèse d’un transfert de ses missions.
À partir de fonds d’archives conservés en France et au Royaume-Uni, cette communication se propose d’analyser les conditions qui ont permis, en quelques années, non seulement le maintien de l’institution, mais aussi son affirmation durable dans le paysage universitaire britannique. Comme le soulignera plus tard Jean Chauvel, la Maison française d’Oxford deviendra « la plus payante de nos entreprises culturelles en Grande-Bretagne ».
Anne Dunan-Page est professeure d’histoire et de civilisation britanniques à Aix Marseille Université et membre du Laboratoire d’études et de recherche sur le monde anglophone (LERMA, UR 853). Elle dirige la Maison de la recherche de l’UFR Arts, lettres, langues et sciences humaines. Son dernier ouvrage, La Bataille d’Oxford. Une histoire de la Maison française de 1946 à 1970, paraîtra en 2026 chez Sorbonne Université Presses. Il est le fruit de plusieurs années de travail sur les archives françaises et anglaises pour reconstituer l’histoire de la MFO et sa place dans la diplomatie culturelle.
